Publié par Figaro

RENÉ HUYGHE, UNE VIE POUR L'ART

« MÉLANGE ROMANESQUE »
Chaque objet racontait une histoire : de la sculpture en marbre blanc Tête d’enfant riant, issue de l’entourage de Desiderio da Settignano (8 000 à 10 000 euros), à la bible comprenant une peinture originale dédicacée par Marc Chagall, signe de leur complicité (5 000 à 8 000 euros).
Des cartes avec des dessins de l’artiste, complétées par des lettres, en témoignent aussi (600 à 800 euros).

« Il n’y avait pas une œuvre d’art dont il était incapable de vous suggérer ce qu’elle avait d’unique et ce qu’elle devait à son époque et à ses contraintes, renchérit son fils. Ces images auxquelles il aimait donner du sens, il a voulu les étudier et les conserver en entrant très jeune au Louvre. Conservera pris un senstrès fort pendant la guerre, puisqu’il a évacué et protégé les tableaux du Louvre en zone non occupée et les a rapportés intacts après la victoire tout en étant résistant. Ce mélange romanesque a beaucoup plu à une jeune stagiaire blonde qui l’assistait. Né de leur union, je suis un effet collatéral tardif des déménagements de la Joconde et du Radeau de la Méduse », ajoute-t-il .

René Huyghe succéda à Robert Kemp au fauteuil n°5 et fut reçu le 22 avril 1961 à l’Académie. Outre son costume (3 000 à 4 000 euros) et son épée (1 500 à 2 000 euros), la vente comprend des lettres qui lui furent adressées ainsi qu’à son épouse lors de son élection (800 à 1 200 euros). On trouvera aussi une correspondance avec le conservateur adjoint des peintures du Louvre, Germain Bazin, couvrant vingt-huit ans de carrière (4 000 à 5 000 euros) ou des documents liés à son activité d’historien, expert et conservateur.

Ceux sur les faux tableaux de Van Gogh et Cézanne peints par Paul Gachet rappellent une vieille histoire qui a empoisonné le marché de l’art (500 à 600 euros). Connu sous le pseudonyme de Paul Van Ryssel, le docteur Paul Ferdinand Gachet (1828-1909), médecin et professeur d’anatomie artistique qui s’installa à Auvers-sur-Oise en 1872, se faisait la main en copiant les tableaux des artistes qu’il rencontrait. Dans les années 1950, lorsque ses enfants donnèrent à l’État la collection léguée par leur père, certaines œuvres furent accusées d’être des faux, en étant mêlées à d’autres authentiques. 
Un certain Louis Anfray, officier de marine à la retraite, avait alors mis le feu aux poudres dans une série de dénonciations relayées par la presse...