Publié par la Gazette Drouot

ÉTÉ RUSSE

Nous sommes en 1923 et l’année suivante, Staline va s’installer au pouvoir. Pourtant, les étés semblent encore souriants et aucun nuage ne vient entacher cette toile de Constantin Alexeïevitch Korovine (1861-1939), représentant une Ballerine au balcon d’Okhotino. Il l’a peinte sous la véranda de sa villa de la région de Iaroslav (voir Gazette no 12 page 77). Savait-il alors qu’il allait devoir quitter sa Russie natale pour rejoindre la France ? Le régime de Lénine se durcit et l’artiste, qui a traversé les premières années de la Révolution, n’adhère pas aux préceptes bolchéviques et part pour Paris. Il arrive dépouillé de ses œuvres, seul et ruiné, et c’est grâce à la générosité de ses compatriotes immigrés qu’il peut vivre et relancer sa carrière de décorateur, pour les Ballets russes, et sa peinture de chevalet. À partir de ses esquisses et dessins conservés, puis des portraits et paysages rencontrés au fil de ses voyages en France, il reconstitue une clientèle très en demande, surtout de ses vues urbaines nocturnes. Ce sont celles qui obtiennent généralement les plus hautes faveurs sur le marché de l’art. Cette ravissante danseuse, profitant d’une belle journée ensoleillée, avançait sur la pointe des pieds pour se glisser à 250 000 € dans la cote de l’artiste.
Mercredi 3 avril, salle 1 - Drouot