Publié par la Gazette Drouot

SUCCÈS POUR LES UTRILLO DE PIERRE LEVASSEUR

Le suspense n’était pas vraiment intense tant la qualité et la traçabilité des quatorze œuvres de Maurice Utrillo (1883-1955) provenant de la collection de l’avionneur Pierre Levasseur – voir l’Événement de la Gazette no 39 du 9 novembre page 14 – les rendaient désirables, mais tant que le verdict des enchères n’est pas tombé… Celui-ci a été juste : il les a honorées d’un produit global de 1 163 750 €, et le musée de Montmartre a pu agir par voie de préemption dès le numéro 1, acquérant à 112 500 € une toile d’un charme rare, L’Ancien Maquis à Montmartre (reproduite ci-dessous et en couverture de la Gazette no  35).

 

La particularité de cet ensemble tenait aussi à ses sujets : des vues de Montmartre mais pas uniquement, avec des points de vue originaux et, pour certaines œuvres, le retour de la couleur au sortir de la période blanche des années 1910. Peinte vers 1917,  La Place des Abbesses (55 x 65 cm) illustre ce propos, surtout lorsque l’on sait que moins d’une dizaine de tableaux la représentent dans le catalogue raisonné de Paul Pétridès, et que ce nombre diminue encore pour ceux animés de personnages. Elle recevait 131 250 €, à jeu égal avec la Place du Tertre et le Sacré-Cœur (81 x 60 cm), plus conventionnelle mais traitée vers 1917 toujours et donc, avec de la couleur également. Les deux plus hautes enchères récompensaient La Place du Tertre (60 x 73 cm) et L’Avenue de Versailles et la tour Eiffel (détail reproduit page de droite). Elles étaient reconnues à la hauteur respectivement de 175 000 et 187 000 €. La figure bohème d’Utrillo est inséparable de la place du Tertre. Max Jacob, dans Le Figaro artistique illustré de 1931, écrivait : « Parfois on voyait passer Utrillo, ce symbole vivant de la Butte, Utrillo sans chemise ni chaussettes, un litre vide sous le bras ». Il ajoute qu’« un jour, un brave homme de peintre “pignochait” devant un chevalet une vue de la place du Tertre. Utrillo, les bras croisés, contemplait l’ouvrage. À la fin, il n’y tient plus, il prend la toile et la jette au vent. » Un personnage de fait ! Et lorsqu’il quitte son fief avec son chevalet, il va le planter avenue de Versailles et fixera la tour Eiffel, nouvelle perspective du ciel parisien. Le sujet est rare chez l’artiste, n’étant reproduit qu’à deux autres reprises. On y voit des silhouettes se promener au milieu de l’avenue de Versailles…
Un sujet qui redevient d’actualité et une véritable carte postale pour la piétonisation des rues de Paris !